Le "non-agir" comme principe, l’inaction comme activité. Ce paradoxe, on le sait, fonde tout un pan de la philosophie orientale, et n’est pas sans lien avec les postures artistiques les plus singulières de notre époque. Sous cette apparente contradiction (le fait de ne rien faire) se cache aussi une forme : celle de l’aporie. L’aporie, c’est-à-dire, ce moment où le langage se nie lui-même, une sorte de figure antinomique dans laquelle les mots et les idées se froissent. L’exposition de
John Cornu (né en 1976, vit à Rennes et à Paris) utilise plastiquement, c’est-à-dire par la forme, cette idée de non-choix comme attitude.

Le tas d’affiches en libre-service d'une photographie en noir et blanc, prise de nuit et au flash, La pluie qui tombe, de même que les pièces sculpturales Sans titre et sonore Sonatine spécialement conçues pour le lieu, procèdent toutes d’un "étant donné", d’un existant préalable. L’installation sculpturale en kit, réalisée dans la première salle, a en effet été produite de manière intuitive à partir d'un nombre de modules et de tubes métalliques prédéterminé. Par la meurtrière est pour ainsi dire moderne, puisque déduite de la coupe de son médium (la marie-louise). Présentée dans la salle intermédiaire, Sonatine est quant à elle déduite d’un dysfonctionnement, d’une usure de son matériau - le tube fluorescent - avant d’être amplifiée. Chacun des éléments de la pièce exposée sous la verrière, a été sculpté, érodé en fonction de la nature du bois dans lequel il fut taillé, de ses veines et de ses nœuds.

Les œuvres de John Cornu procèdent toutes ici d’un ensemble de jeux déductifs, comme si leurs formes préexistaient ; comme déjà inscrites au sein des matériaux utilisés.

Laisse venir semble conjuguer deux genres habituellement aux antipodes : d’une part, une évocation du minimalisme américain (rectitude, protocole, aspect sériel, froideur) ; et d’autre part, une forme de romantisme au travers de quelques paramètres tels que l’usure, la cécité, la chute, le dysfonctionnement. Autant d’aspects qui pointent, dans le travail de cet artiste, une certaine fascination ainsi qu’une critique de nos utopies modernistes.

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John Cornu (johncornu.com)