Tous les 23 ans depuis 1945,
un évènement majeur :
1945: fin de la Guerre Mondiale
1968: révolte (évènements de mai)
1991: fin de la Guerre Froide
2014: révolution
Raphaël Julliard développe son œuvre à partir d’observations, de méthodes ou de schémas rejoués et déjoués dans des pièces à la fois complexes et d’une imagination amusée.
Le projet La Grande Révolution de 2014 est basé sur la reprise par l’artiste d’une lecture déterministe de l’histoire de la société occidentale.
" Si elle existe, l'époque postmoderne, ou post-modernité, dans laquelle nous vivons, commence au sortir de la deuxième Guerre mondiale. Les explosions atomiques sur le Japon donnent un coup d'envoi atroce à la régate postmoderne.
Vingt-trois ans plus tard, 1968 annonce une nouvelle révolution.
Puis, 1991 marque la fin de la Guerre Froide et le développement grandissant d’une société globale.
En suivant ce déroulement de l’histoire, ne pouvons-nous pas logiquement penser qu'en 2014 aura lieu quelque chose de type révolutionnaire ? Devons-nous nous y préparer ? "
(R.J)
Voici ce que Raphaël Julliard imagine, et pour réaliser ce projet, il transforme l’espace de La BF15 afin de produire le cadre possible et l’imaginaire propice à un nouveau retournement historique. En rejouant un schéma de l’histoire, l’artiste ne lui donne pas uniquement un cadre physique, mais suscite un contexte politique, un espace critique pour les visiteurs.
Raphaël Julliard, né en 1979, vit et travaille à Genève
COLLOQUE samedi 3 février 2007 de 14h à 19h
avec les historiens et historiens d’art Yannick Bosc, Florence Gauthier, Lada Umstätter-Mamedova et Maria Stavrinaki invités par Raphaël Julliard à l’occasion de son exposition à La BF15
14h Florence Gauthier 1789.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la Terreur.
La Révolution française fut une révolution des droits de l’homme et du citoyen. Elle parvint à abolir le régime féodal et l’esclavage dans les colonies, deux des piliers de l’oppression des peuples. Elle entama encore une lutte contre l’expropriation de la paysannerie, le chômage et la vie chère et mit le droit à l’existence et aux moyens de la conserver à l’ordre du jour du contrat social. Elle fonda encore un droit des peuples à leur souveraineté et refusa toute «guerre offensive», y compris coloniale.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen synthétisait un projet de République démocratique, qui fut expérimenté de 1792 à 94, créant un espace public démocratique allant en s’élargissant, et dont les racines théoriques remontent aux Humanistes de la Renaissance, au XVIe siècle.
Et pourtant, son évocation s’accompagne immédiatement de son contraire : la Terreur.
Le mot laisse derrière lui des images de répression accompagnée de flots de sang.
Il convient de rappeler quels actes et quelles personnes ont été réprimées, mais aussi de comprendre comment un tel rapprochement entre «droits de l’homme» et Terreur a pu se faire, éclipsant les premiers au profit de la seconde. En effet, une telle substitution ne date pas de l’après-révolution, mais précisément du tout début de celle-ci, et plus exactement, du moment même où la Déclaration des droits fut votée, le 26 août 1789.
Florence Gauthier, Maître de conférences en histoire moderne à l’Université Paris 7- Denis Diderot
15h Yannick Bosc La révolution comme retour à l’ordre.
Bouleversement, renversement, agitation, ébullition, effervescence, fermentation sont les mots associés à celui de révolution.
La Révolution française est sans doute tout cela. Mais la définir seulement par ces termes serait perdre le sens que lui donnaient ses contemporains. A travers un paradoxe, la révolution comme retour à l’ordre, il s’agit de comprendre ce qu’à l’époque on nomme l’ordre social c’est-à-dire une société fondée en droit.
« L’homme, dit Robespierre, est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ».
Yannick Bosc, Maître de conférences en histoire moderne à l’IUFM de Rouen
16h pause
16h30 Lada Umstätter-Mamedova
Les rues sont nos pinceaux, les places sont nos palettes...
Art et propagande en Russie après la Révolution de 1917
En Russie, la plupart des artistes d’avant-garde accueillirent la Révolution avec un vrai enthousiasme. Le gouvernement bolchévique prend rapidement conscience de l’intérêt d’enrôler les artistes au service de la propagande pour le nouveau régime. En 1918 est élaboré un « plan de la propagande monumentale », qui dresse des listes d’hommes dignes d’être honorés par la Révolution. Les artistes travaillent pour les grands spectacles en plein air et les grandes fêtes célébrant les évènements révolutionnaires et décorent des trains et des bateaux de la propagande destinés à partir en Ukraine, au Caucase ou en Asie centrale. En 1918 est aussi créée l’agence télégraphique ROSTA, qui fournit régulièrement des nouvelles « illustrées ». L’omniprésence des slogans peints sur des tissus et des affiches de propagande est un aspect marquant de la vie quotidienne post-révolutionnaire. Mais peu à peu l’enthousiasme anarchique des débuts est canalisé et formaté, au fur et à mesure que s’instaurent les prémices d’un État totalitaire.
En examinant les thèmes et les symboles principaux de cette propagande visuelle (soleil, fumée des usines, train, forteresse, chevalier rouge, lampe d’Ilitch, marteau, faucille, étoile, dragon, serpent, hydre, balai rouge, etc.), il s’agit de comprendre à qui étaient destinées ces images et quelle forme prend la propagande avec l’instauration de l'État totalitaire.
Lada Umstätter-Mamedova chercheuse en histoire de l’art à l’Université de Genève
17h30 Maria Stavrinaki
Œuvre d’art totale ou Révolution? Les cas de l’expressionnisme allemand et de Merz.
Depuis son irruption au sein du romantisme allemand, le thème de l'œuvre d’art totale a partie liée avec la Révolution. On en déduit un peu rapidement le caractère révolutionnaire de cette œuvre. En nous appuyant sur l’expressionnisme architectural et sur l’art Merz de Kurt Schwitters, nous voudrions montrer au contraire que la totalité artistique constitue une alternative, voire un contre-modèle de la révolution politique.
Maria Stavrinaki, Maître de conférences à l’Université de Paris I
18h30 débat
avec les historiens Yannick Bosc, Florence Gauthier, Lada Mamedova et Maria Stavrinaki
dans le cadre de La Belle Voisine
Avec le soutien de Pro Helvetia et du Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)
En partenariat avec CINEPARTS