Dans le cadre de Lyon Septembre de la Photographie

Carole Fékété (née en 1970, vit à Paris) présente ses sujets le plus souvent sur fond neutre, isolés ou dans un espace indéterminé. À l’exception d’un autoportrait grimé en Pierrot, la figure est absente de ses images, mais tout ou presque y fait allusion sous forme de traces et de vestiges. L’aspect sériel de sa démarche tend à informer le sujet selon un point de vue unique et frontal alors que la caméra, précise dans le détail, assume sa fonction documentaire. Si l’image analogique ou numérique se forme par contact lumineux, son adhérence au réel, entre indice et fiction, constitue ici l’un des enjeux. La notion d’enregistrement suppose un principe de trace et d’empreinte dont l’économie, entre le reliquat et la perte, met en cause des lois qui régulent aussi les fonctions de la mémoire. Ce rapport que la photographie entretient avec l’inscription et l’élaboration du souvenir peut faire intervenir autant de sujets que de variantes dans la représentation d’un même motif. Le médium photographique est luimême sujet de la création d’images et sa plasticité à l’épreuve de chaque nouvelle proposition. L’ensemble du travail constitue une réserve d’images hétérogènes qui peuvent faire l’objet de mises en relations selon le principe du montage. Pour La BF15, l’artiste présente deux projets photographiques dans lesquels les corps sont mis en scène dans la contrainte. Au rez de chaussée, l’installation des Statues nous place face à des sculptures recouvertes de bâches pour l’hiver. Ces présences fantomatiques font allusion à la figure tout en la maintenant dissimulée. L’environnement classique du jardin à la française, à peine suggéré, sert ici de décor à ces saynètes bricolées à des fins utiles. L’aspect très construit d’une nature rigoureusement architecturée s’oppose à la légère ironie d’une situation transitoire qui présente Versailles à la lumière d’un quotidien précaire et ordinaire. À l’étage, la série du Singe montre l’animal derrière la vitre d’un enclos de ménagerie. Rendu fou par l’enfermement, ce singe est séparé de nous par une paroi transparente que matérialisent des traces de pluie et de doigts. Pelage bicolore, station verticale, présence des mains et choix des expressions insistent sur le caractère anthropomorphe de l’animal. Le choix des quatre planches fait écho aux recherches et à l’étude des comportements humains et animaux initiées par la photographie au XIX e siècle. 

en partenariat avec PICTO