Le mercredi 15 septembre soit le 8 absolu 132 de l'Ère Pataphysique, la nouvelle équipe de la BF15 a invité le père Ubu à inaugurer la saison 2004 - 2005.

texte et mise en scène : Gabriel Samson
costume : Charlotte Bebin
comédien : Luc Chambon

Mes chers administrés, MERDRE! Qu’on m’invite à faire l’éloge de la BF15 est une chose mais que je vous en conférence le sujet par le menu, brillant par ma science pataphysique et le tout de mon cru, là, je m’en félicite. Vous serez bien aimable de m’écouter jusqu’au petit bout ou je vous déchire en deux, cornegidouille!

Laissez moi vous exploser le fruit de mes savantes recherches. La Belle de Fontenay croisée Flava dite BF15 fut inscrite au catalogue des variétés le 31 décembre 1947....sinon, euh...on en tire un très bon schnaps... À part ça, la BF15 a une très bonne tenue à la cuisson.
Je vous aurai épargné le reste de ma bafouille si mon génie rhétorique ne m’avait soufflé de glisser du particulier au général. Désarmé je le suis. J’ai du tracas jusqu’au cou. Car comment rendre compte de la puissance mathématique de la patate, laquelle se déplie le nombre d’or dans de multiples dimensions par itérations et réitération à l’instar de l’ananas et du chou romanesco?
Commençons par un morceau d’entomologie. La patate tire son nom du mot quechua «papa» lequel a donné: paprika, papou, paperasse, papillon, papyrus et papauté parce que le pape Pie IV reçut la pomme de terre d’Amérique des mains de Philippe II. C’est étonnant d’autant que la patate est le «fruit du diable». Solanacée comme la mandragore et la belladone, sa culture est si facile et elle n’est même pas citée dans la bible.
Notons que Philippe II aurait pu ramener au pape une pierre bézoard (cette concrétion minérale dans l’estomac des lamas; ce petit caillou aux vertus miraculeuses) et on en serait pas là. Imaginez. En ces temps, les affamés se nourrissaient de naves vulgaires jusqu’au double stratagème de Parmentier, soit une patate en fleur offerte à Louis XVI et 2 hectares de champs surveillés par une armée de fantoches. Et voila que la patate sauve de la famine, rendons lui hommage en lui dédiant ce monument de verre, de stuc et de placo dont la pompe inaugurale nous réunit ce soir.
L’histoire de ce lieu est chargée d’histoires. Autrefois garçonnière d'Édouard Herriot, puis traumathèque, aéroport à pigeons, entrepôt, atelier de couture, kebab à échelle humaine, thermes publics, fast food, et j’en passe, ce lieu a maintenant trouvé sa véritable destination laquelle? le mexique?
Non. Je pense que nous sommes d’accord: past is over. Disons ... une rupture dans la continuité.
J’ai pour ma part un beau projet pour ce lieu. Je vous enverrai mon book à condition que vous ne me piquiez pas mes idées. Il s’agit d’une grande installation multimÉdia interactive symboliste mais conceptuelle et engagée politiquement qui reprend dans les grandes lignes le thème de l’incrédulité de Saint Thomas. Une maquette suspendue d’un express à traverser les bois projetterait sur les draps agités d’un lit l’image d’un vieux Superman survolant les plans de la ville de Lyon. Un diamant de mousses et de lichens diffuseraient un brouillard thermosensible de couleur magenta. Comprenne qui pourra.
Je compte sur l’ouverture d’esprit de notre nouvelle équipe et de sa nouvelle directrice que je salute. Rappelez vous. Nous nous sommes déjà croisés. Vous m’aviez promis que je verrai double et c’est en fait tout un club d’aviron que j’ai vu passer entre l’iris de mes yeux et l’anus d’un gentil garçon pétomane. Cette vision m’a ravi, je vous en remercie. Votre nomination est un juste retour de censeur.
Pourquoi suis-je là? Qu’ai-je à dire? Comprenez, ce matin à midi, en sortant du sommeil municiphalle, je me suis froissé mon petit bout de mon pied et j’ai du rester alité une bonne partie de l’après midi. J’ai à peine préparé ma harangue. Mais en tant que maître des phynances, je veux vous parler franchement. Vous voulez des sous, des sous et encore des sous. Ah la belle affaire! Vous n’en avez donc pas assez pour alimenter en chip et en vodka tous les bouffres pique - assiettes de la ville avec les brouzoufs du contribuable? Soyons raisonnables, je vous en donnerai volontiers si j’en avais. Vous savez, je soutiens votre initiative à donf. Et même si je ne comprends rien à vos affaires, vous êtes un bien bénévole engrenage de ma moulinette à divertir le citoyen et vous occupez à merveille le temps de cerveau humain disponible qui n’a pas encore été réduit en purée. Mais Merdre, si vous n’avez pas assez d’oseille pour la culture de la BF15, vous n’avez qu’à essayer l’inculture du topinambour.

Je vous donnerai de la phynance quand vous serez compétitif et rentable.
Et là j'espère que tout le monde dans cette pièce m’entend bien.

Le monde de la culture patatifère a inventé depuis longtemps ce que d’autres segments du marché du travail adoptent aujourd’hui pour élever la productivité des travailleurs les plus compétents. A savoir, premièrement, coter la valeur de chaque individu d’après la réussite des projets auxquels il a été associé récemment. Deuxièmement, recourir à des intermédiaires pour organiser et gérer les bons appariements. Troisièmement, maintenir la cotation des réputations sous une pression concurrentielle permanente en alimentant sans cesse le vivier des candidats à la gloire. Et enfin, déclencher l’engouement du public avec de nouveaux talents et ainsi répondre à une mode sans cesse renouvelée. Prenez-en de la graine et du rhizome.
Par ma chandelle verte, finissons-en.
Gageons qu’un terreau fertile est déployé au devant de notre patate nouvelle que je place sous les auspices de mes amis Uburen et Bartholdi, lesquels à la force des chevaux dévièrent en otage la Garonne pour en faire le Rhône, à défaut d’un supplément d’impôt sur le vignoble bordelais, puis en firent jaillir la source au travers de 69 carrés alignées, ce qui par manipulation numérique de la quadrature de 69, érotise considérablement le paysage urbain. Excusez moi je m’emporte; c’est parce que j’ai faim.