résidence à Moly-Sabata, Fondation Albert Gleizes en mars 2020

L’approche sculpturale d’Océane Bruel se déploie telle une partition de gestes, de placements et de transformations qui éprouvent la temporalité ralentie d’un devenir incertain. Elle donne une incarnation aux vulnérabilités personnelles, sociales et environnementales. Dans l’exposition L like Molecule, ses préoccupations d’ordre existentiel ancrées dans le quotidien s’entrelacent avec la matière sensible.

Océane Bruel s’intéresse aux structures fragiles des interactions corporelles et affectives. Avec et entre les corps animés ou inanimés, il s’agit pour l’artiste de prendre soin, de manifester une attention pour ce qui est de l’ordre du mineur et de lui donner de l’espace. Des éléments prélevés de l’environnement de l’artiste se combinent à d’autres pièces fabriquées ou produites récemment, mais toujours liées à son expérience du quotidien. Minutieusement, elle sélectionne, manipule, altère, moule, associe et agence. Les expériences, intentionnelles et hasardeuses, éprouvent la maturation du projet. Pendant les mois de préparation, elle fut particulièrement attentive à son activité nocturne onirique et à l’apparition soudaine de souvenirs. “Une fascination pour ces images rémanentes s’est installée, tout comme la nécessité d’éprouver ce plaisir et ce réconfort spirituel et corporel. Au fil des semaines, je suis entrée dans une dérive méditative, et dans cette ambiguïté de l’être « entre », à la fois empathique et distant”. Ce qu’elle appelle «stockage d’affects» s’infuse dans sa pratique comme dans les matières de ses oeuvres.
Pour cette première exposition personnelle dans un centre d’art français, Océane Bruel a travaillé à partir d’un corpus d’entités qui ont le pouvoir d’affecter, d’émouvoir ou de convoquer des souvenirs. Elle introduit notamment des plantes
(et leurs odeurs) caractéristiques de la garrigue, terrain de son enfance. Romarin, thym et verveine apparaissent par leurs senteurs et sous forme de macérations dans des récipients en verre d’usages tels des verres, des bols et des assiettes. Évoluant durant l’exposition, elles renvoient autant à des pratiques médicinales qu’à des pratiques quotidiennes, mais aussi au paysage et à la terre.

L’univers dans lequel nous introduit L like Molecule résiste cependant à l’identification, à l’histoire personnelle ou à l’anecdote, pour mettre en partage cette attention à l’ordinaire et nous faire céder, à notre tour, à la dérive.

liens :

Océane Bruel (oceanebruel.com)

Moly-Sabata, Fondation Albert Gleizes (www.moly-sabata.com)