Seconde partie de Conversation Lyon I Montreal
 

Conversations. Montréal | Lyon est un projet d’expositions ancré dans la réciprocité, au sein duquel des scènes artistiques de Lyon et Montréal se rencontrent. En avril 2018, cinq centres d’art et de résidence ont accueilli à Lyon huit artistes montréalais. Initié par les commissaires Marthe Carrier et Chloé Grondeau sous l’égide de la Galerie B-312, ce projet réunissait les artistes Philippe Allard, Jean-Pierre Aubé, Thomas Bégin, Julie Favreau, Isabelle Guimond, Noémi McComber et Guillaume Adjutor Provost.

C’est au tour de cinq artistes de la région Auvergne Rhône-Alpes, sélectionnés par les partenaires des deux villes concernées, de venir à Montréal. Néon, Bikini, la Galerie Tator et La BF15 présentent les pratiques de Lisa Duroux, Julie Kieffer, Caroline Saves, Benoît Vidal et Victor Yudaev. Arprim, Diagonale, la Galerie B-312 et la Vitrine, Atelier Daigneault/Schofield, accueillent à leur tour les artistes lyonnais.

À cette occasion, La BF15 invite Caroline Saves et Benoît Vidal à la Galerie B-312 qui les accueille un mois en résidence. Pendant cette période, ils ont travaillé ensemble à l’élaboration de l’exposition J’éprouve le silence des corps, c’est doux les gestes inanimés. Leurs recherches ont alors convergé autour du langage gestuel, à travers une chorégraphie suspendue, dans laquelle s’entrecroisent et dialoguent leurs actions performées et sculpturales. Les productions des deux artistes témoignent de leur expérimentation physique de l’espace et rendent visible et palpable le souvenir de leurs corps en mouvement.

De cette résidence-rencontre, Caroline Saves et Benoît Vidal nous proposent une exposition complice où les formes, la matière, les sujets se contaminent et s’alimentent à la fois. Après quatre semaines de recherche, après s’être croisés, mêlés, imprégnés les uns des autres, leurs gestes se figent, ralentissent. À nous maintenant d’éprouver le silence des corps et la douceur des gestes inanimés.

Benoît Vidal déploie un corpus de gestes performés. Sous forme d’objets ou d’actions filmées, ses mouvements s’ancrent au sol et prennent la mesure de l’espace et des corps qui s’y meuvent. Il éprouve la distance entre ses mains, manipule, transforme la matière en objet. En étirant ses bras, les lignes d’un cordeau s’actionnent, oscillent entre souplesse et rigidité et dessinent à même le sol la trace chorégraphique de ses refrains gestuels. Il déploie des feuilles de papier, les promène sur le sol et les murs de la galerie à la recherche des rayons de lumière, tentant en vain de capturer les motifs de cette danse entre le soleil et l’espace d’exposition. Des gestes qu’il effectue pendant sa résidence, il laisse des indices, des objets qui existent sans ses mains pour les soutenir et qui ponctuent l’errance du spectateur. Dans la lente rencontre entre les objets inanimés et le corps qui les actionne, on ne sait plus qui des lignes ou des bras décident des mouvements.

S’il n’est pas question de performance dans les pièces de Caroline Saves, les formes-personnages aux membres mous et longilignes sont comme immobilisées dans leurs mouvements. Elles semblent parfois reproduire les gestes de Benoît Vidal, comme lui elles s’étirent, prennent la mesure. Certaines se donnent en spectacle, figées dans des actions chorégraphiées alors que d’autres paraissent plus introverties. Si chacune d’elles a une personnalité singulière et complexe, ensemble elles forment dans l’espace des groupes d’individus. Elles se rencontrent ou se tournent le dos, s’adossent ou se suspendent à l’espace et à ses recoins, elles l’enlacent, conversent. Les mains sont omniprésentes, sous forme sculpturale ou imprimée. Extraits de films ou de vidéos, les gestes dans ces images sont ceux de la rencontre, du flirt, de l’attraction et composent un langage physique et épidermique. Le temps est aux étreintes et les bras en tissu et latex s’accrochent aux corps, aux espaces et aux fantômes.

 

avec le soutien de l’Institut Français / Ville de Lyon et de l’Office franco-québécois pour la jeunesse